L'Assemblée nationale adopte l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs et la perpétuité pour les viols en série
Le 21 juillet 2026, les députés ont voté l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs et la **perpétuité** pour les viols en série sur les moins de 15 ans. Le texte, adopté par 378 voix contre 7, suscite des critiques : manque de **moyens judiciaires** et risque d'inconstitutionnalité. Le débat continue au Sénat.
L'analyse
📌 **FAITS** : Le mardi 21 juillet 2026, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi relatif à la protection des enfants. Le vote final s'est soldé par 378 voix pour et 7 contre. Parmi les mesures phares : l'imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs (auparavant prescription de 30 ans à partir de la majorité) et la perpétuité pour les auteurs de viols en série sur des mineurs de moins de 15 ans, adoptée par 258 voix contre 84 après un premier rejet. Le texte doit être examiné au Sénat fin octobre, avec une adoption définitive espérée début 2027.
📍 **CONTEXTE** : Ces mesures font suite à l'affaire Lyhanna et à des années de mobilisation des associations de victimes. Actuellement, seuls 3% des auteurs de violences sexuelles sont condamnés, et 1% pour inceste. La gauche et les syndicats de magistrats dénoncent un texte « fourre-tout » qui donne l'illusion d'une réponse pénale sans renforcer les moyens d'enquête.
👥 **ACTEURS** : Le gouvernement et la majorité (LR, LREM) soutiennent le texte, porté notamment par la rapporteure **Émilie Bonnivard** (« il s'agit de sanctionner le crime le plus grave ») et **Sophie Blanc** (« votre priorité est de préparer la sortie des prédateurs, la nôtre est de garantir qu'aucun enfant ne croise de nouveau sa route »). L'opposition de gauche (Florence Hérouin-Léautey, Ségolène Marquet) y voit un « tour de passe-passe » et un « effet d'affichage ». Le Syndicat de la magistrature (Ludovic Friat, Jérôme Moreau) alerte sur la déperdition des preuves et l'absence de moyens.
📊 **ENJEUX** : Pour les victimes, l'imprescriptibilité offre une reconnaissance et un accès à la justice sans limite de temps. Cependant, les magistrats estiment que les enquêtes anciennes seront très difficiles à mener, risquant des non-lieux douloureux. La perpétuité, bien que symbolique, ne concerne qu'une infime proportion d'affaires aboutissant à une condamnation. Le Conseil d'État a souligné un risque d'inconstitutionnalité sur l'imprescriptibilité. En clair : le droit évolue, mais sans moyens supplémentaires, l'impunité pourrait persister.
🔮 **PERSPECTIVES** : Le Sénat examinera le texte en octobre. Des recours devant le Conseil constitutionnel sont probables. La gauche promet de continuer à réclamer des crédits pour la justice et l'Aide sociale à l'enfance (38 millions d'euros annoncés par Emmanuel Macron). L'issue dépendra des arbitrages politiques et de la pression citoyenne.
Contexte
Similaire à la lutte contre l'impunité des crimes de guerre (imprescriptibles depuis 1968), le droit pénal français étend ce principe aux crimes sur mineurs, une première en droit commun.
Pourquoi c'est important
Ce texte change radicalement les règles de prescription pour les crimes sur mineurs : une victime pourra porter plainte à tout âge, sans limite de temps. La perpétuité pour les violeurs en série vise à dissuader les récidives. Mais les magistrats préviennent : sans enquêteurs et juges supplémentaires, ces nouvelles peines risquent de rester lettre morte pour la majorité des victimes.
Acteurs clés
- Émilie Bonnivard — Rapporteure du texte (LR)
Pour la perpétuité et l'imprescriptibilité - Sophie Blanc — Députée (LR)
Pour les mesures - Florence Hérouin-Léautey — Députée (socialiste)
Contre, faute de moyens - Ludovic Friat — Syndicat de la magistrature
Opposant à l'imprescriptibilité sans moyens
Chiffres clés
- 378 — Voix pour l'ensemble du projet de loi (La Croix, Midi Libre)
- 7 — Voix contre l'ensemble (La Croix, Midi Libre)
- 258 — Voix pour la perpétuité (viols en série -15 ans) (La Croix, Midi Libre, Europe 1)
- 84 — Voix contre la perpétuité (La Croix, Midi Libre, Europe 1)
- 3% — Taux de condamnation pour violences sexuelles (La Croix)
Et ensuite
Scénario tendanciel : le Sénat adopte le texte avec des amendements sur les moyens ; la loi entre en vigueur en 2027, mais les tribunaux peinent à traiter les nouvelles affaires anciennes. Scénario de rupture : le Conseil constitutionnel censure l'imprescriptibilité, renvoyant les députés à une réécriture plus équilibrée incluant des garanties procédurales et des budgets.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs ?
Cela signifie qu'un crime commis sur un mineur (viol, meurtre) ne se prescrit plus : la victime peut porter plainte à tout moment de sa vie, même plusieurs décennies après les faits.
Qui a voté contre la perpétuité pour les viols en série ?
84 députés ont voté contre, principalement issus de la gauche et des écologistes. Ils estiment que cette mesure répressive n'est pas accompagnée des moyens d'enquête nécessaires.
Quand le texte sera-t-il définitivement adopté ?
Le Sénat examinera le projet de loi fin octobre 2026, avec une adoption définitive espérée début 2027. Un recours devant le Conseil constitutionnel est possible.
Sources
- Protection de l’enfance : l’imprescriptibilité et la perpétuité, des mesures qui ne font pas consensus (nouvelle fenêtre)La Croix
- Protection des enfants : l’Assemblée adopte l’instauration de la perpétuité pour les auteurs de viols en série commis sur les moins de 15 ans (nouvelle fenêtre)Midi Libre
- Protection de l'enfance : les députés approuvent, lors d'un nouveau vote, la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans (nouvelle fenêtre)Europe 1