Algues vertes : la Cour des comptes critique de nouveau les demi-mesures de l’Etat
Cinq ans après un premier rapport, la **Cour des comptes** épingle à nouveau l'**État** pour ses **demi-mesures** contre les **algues vertes** en Bretagne. Nitrates agricoles, dépenses publiques en hausse mais résultats insuffisants : les magistrats réclament des objectifs chiffrés et une extension des actions aux vasières.
L'analyse
📌 **FAITS**
- La Cour des comptes a présenté, le 9 juillet 2025, un nouveau rapport sur la gestion des algues vertes en Bretagne, cinq ans après ses premières recommandations (2021).
- Elle réitère une partie de ses préconisations et en formule quatre nouvelles : élargir les actions à toutes les zones touchées (vasières), inclure des obligations renforcées dans le 7e programme d’action régional de la directive nitrates (plafonds de fertilisation, suivi des fuites d’azote), et définir des objectifs quantifiables pour l’eutrophisation.
- Le rapport s’appuie sur des constats accablants : concentration moyenne de nitrates supérieure à 33 mg/l dans les huit baies concernées (seuil souhaitable : 10-25 mg/l), crédits de lutte passés de 56 M€ (2011) à 128,6 M€ (2027), mais sans baisse significative des échouages.
- En mars 2025, le tribunal administratif de Rennes a condamné l’État pour inaction. En juin 2025, la justice a reconnu un lien entre algues vertes et le décès d’un joggeur dans les Côtes-d’Armor.
📍 **CONTEXTE**
- La prolifération des algues vertes (ulves) est un phénomène connu depuis les années 1960, dû aux nitrates d’origine agricole (plus de 90 % des apports). Leur décomposition produit du sulfure d’hydrogène (H2S), gaz toxique responsable de fermetures de plages et de décès suspects.
- En 2021, la Cour des comptes avait déjà épinglé l’État. Aujourd’hui, elle constate que les demi-mesures n’ont pas suffi à inverser la tendance, malgré des dépenses publiques doublées par hectare.
👥 **ACTEURS**
- **Cour des comptes** : institution indépendante, critique le manque de volonté politique. Ses rapports sont régulièrement cités mais rarement suivis d’effets concrets.
- **État (préfecture de Bretagne)** : reconnaît une accumulation de réglementation devenue « illisible et inefficace » et annonce une révision avec mesure de l’azote dans les sols.
- **Association Eau et Rivières de Bretagne** : salue certaines recommandations mais dénonce la « pression agricole au plus haut niveau de l’État » qui freine toute action.
- **Élevages porcins intensifs** : principale source de nitrates, aucun représentant cité dans le rapport.
📊 **ENJEUX**
- Pour le **contribuable** : les dépenses publiques de lutte ont doublé mais sans résultat. Le coût de l’inaction (plages fermées, impact sanitaire, perte de tourisme) reste mal évalué.
- Pour le **citoyen breton** : accès aux plages compromis, risques sanitaires liés au H2S, et sentiment d’impunité des pollueurs.
- **Enjeu politique** : le gouvernement doit arbitrer entre le lobby agricole et les exigences sanitaires et environnementales. Les recommandations de la Cour sont une pression supplémentaire avant le prochain plan de lutte.
🔮 **PERSPECTIVES**
- **Scénario tendanciel** : si les mesures restent incitatives, la baisse des nitrates sera trop lente pour éviter de nouveaux épisodes toxiques. Les associations pourraient multiplier les recours.
- **Scénario de rupture** : la Cour demande des objectifs chiffrés et des plafonds de fertilisation. Si l’État les impose, cela pourrait diviser par deux les échouages d’ici 2035, mais au prix d’une opposition violente du monde agricole.
Contexte
Similaire au premier rapport de la Cour des comptes de 2021 sur le même sujet, resté sans effet majeur.
Pourquoi c'est important
Ce sujet vous concerne directement si vous habitez en Bretagne ou fréquentez ses plages, car les algues vertes libèrent un gaz toxique régulièrement responsable de fermetures de plages et de décès. Derrière le rapport technique, c’est la capacité de l’État à faire respecter la réglementation environnementale face au puissant lobby agricole qui est en jeu — un test pour l’ensemble des politiques de dépollution en France.
Acteurs clés
- Cour des comptes — Institution de contrôle
Critique l'insuffisance des actions de l'État - Eau et Rivières de Bretagne — Association environnementale
Dénonce la pression agricole sur l'État - Préfecture de Bretagne — Autorité étatique régionale
Reconnaît une complexité réglementaire et annonce une révision
Chiffres clés
- >33 mg/l — Concentration moyenne de nitrates dans les baies touchées (Reporterre (rapport Cour des comptes 2025))
- 10-25 mg/l — Seuil souhaitable de nitrates pour limiter les algues (Reporterre)
- 56 M€ vs 128,6 M€ — Crédits des plans de lutte (2011 vs 2027) (Reporterre)
- 42,70 €/ha/an vs 80,80 €/ha/an — Dépenses publiques par hectare pour prévenir les fuites d'azote (avant vs après) (Reporterre)
- 84% — Proportion des surfaces touchées par les vasières (Reporterre)
Et ensuite
Scénario tendanciel : sans mesures contraignantes, la pollution aux nitrates se maintiendra, avec des épisodes toxiques récurrents et des plages fermées chaque été. Scénario de rupture : si l'État impose des plafonds de fertilisation et étend les actions aux vasières, les échouages pourraient diminuer de moitié d'ici 2035, mais sous réserve d'une forte opposition agricole.
Questions fréquentes
Quelles sont les nouvelles recommandations de la Cour des comptes contre les algues vertes ?
La Cour formule quatre nouvelles recommandations : étendre les actions à toutes les zones touchées (notamment les vasières), renforcer les obligations dans le 7e programme d'action de la directive nitrates (plafonds de fertilisation, suivi des fuites d'azote), et fixer des objectifs chiffrés pour réduire l'eutrophisation.
Pourquoi les algues vertes prolifèrent-elles encore malgré les plans de lutte ?
La cause principale est l'excès de nitrates issus de l'agriculture intensive (plus de 90 %). Malgré des dépenses publiques doublées (128,6 millions d'euros en 2027), les mesures restent insuffisantes et non contraignantes, et la pression du lobby agricole freine l'application de règles plus strictes.
Quel lien entre algues vertes et décès en Bretagne ?
En juin 2025, la justice a reconnu pour la première fois le lien entre l'exposition aux algues vertes (via le gaz toxique H2S) et le décès d'un joggeur dans les Côtes-d'Armor. Plusieurs autres morts suspectes sont examinées, mais le lien de causalité reste difficile à établir.
Sources
- *Environnement. Selon la Cour des comptes, l'Etat doit encore accélérer la lutte contre les algues vertes en Bretagne*Ouest-France (via AFP)
- *Algues vertes en Bretagne : la Cour des comptes fustige l'Etat*Infonature.media
- *Algues vertes : la Cour des Comptes critique encore et toujours les carences de l'État*Reporterre