Algues vertes : la Cour des comptes critique de nouveau les demi-mesures de l’Etat
Dans un nouveau rapport, la **Cour des comptes** critique l'**inaction persistante de l'État** contre les **algues vertes** en Bretagne. Elle exige des objectifs chiffrés et l'extension des mesures à toutes les zones touchées, alors que les **nitrates agricoles** continuent d'alimenter le phénomène.
L'analyse
📌 **FAITS**: La Cour des comptes a publié le 9 juillet 2026 un nouveau rapport sur la lutte contre les algues vertes en Bretagne, cinq ans après son premier rapport de 2021. Elle estime que l'État doit élargir et renforcer ses actions. Le rapport réitère une partie des recommandations de 2021 et en formule quatre nouvelles : étendre les actions à toutes les zones touchées (y compris les vasières, qui concentrent 84 % des surfaces), inclure dans le 7e programme d'action régional de la directive nitrates des obligations renforcées (plafonds de fertilisation, suivi des fuites d'azote), et définir des objectifs quantifiables pour l'eutrophisation. En mars 2025, le tribunal administratif de Rennes avait condamné l'État pour inaction, et en juin 2025 la justice a reconnu le lien entre algues vertes et le décès d'un joggeur dans les Côtes-d'Armor.
📍 **CONTEXTE**: La prolifération des algues vertes, due aux nitrates d'origine agricole (plus de 90 %), dure depuis les années 1960. Leur décomposition produit du sulfure d'hydrogène (H2S), un gaz toxique responsable de fermetures de plages et de décès suspects. Malgré des dépenses publiques doublées (de 42,70 €/ha/an à 80,80 €/ha/an) et des crédits passés de 56 millions d'euros (2011) à 128,6 millions (2027), la concentration moyenne de nitrates dans les huit baies concernées dépasse 33 mg/l, alors qu'il faudrait 10 à 25 mg/l. Seules trois baies (Saint-Brieuc, La Forêt, Douarnenez) ont fixé des seuils et enregistrent une baisse des échouages.
👥 **ACTEURS**: La **Cour des comptes** (institution indépendante) critique l'État. L'association **Eau et Rivières de Bretagne** salue certaines recommandations mais juge que « l'État, sous la pression agricole, traîne des pieds ». La **préfecture de région** estime que l'accumulation de réglementation est devenue « illisible et inefficace » et prévoit une révision avec mesure de l'azote dans les sols.
📊 **ENJEUX**: Le principal levier est la réduction des nitrates agricoles, ce qui implique une évolution des modes de production (élevage porcin intensif). Sans cela, « il est illusoire d'espérer réduire significativement les flux de nitrates », selon la Cour. Les conséquences concrètes pour les citoyens : plages fermées, impacts sur la pêche et l'ostréiculture, risques sanitaires (gaz toxique). Les contribuables financent des plans de lutte dont l'efficacité est jugée insuffisante.
🔮 **PERSPECTIVES**: **Scénario tendanciel** : si les recommandations ne sont pas suivies, la pollution persistera, avec des contentieux et des condamnations répétées. **Scénario de rupture** : si l'État impose des plafonds de fertilisation et un suivi renforcé, les échouages pourraient diminuer dans les baies les plus touchées, mais cela prendra plusieurs années.
Contexte
Similaire au rapport de 2021, la Cour des comptes réitère ses critiques cinq ans après, alors que l'État a été condamné en mars 2025 pour inaction.
Pourquoi c'est important
Ce sujet vous concerne directement si vous habitez en Bretagne ou fréquentez ses plages : les algues vertes ferment les sites de baignade, nuisent à l'économie locale (ostréiculture, tourisme) et présentent un risque sanitaire mortel. Le rapport de la Cour des comptes montre que l'argent public (128 millions d'euros prévus en 2027) n'est pas utilisé efficacement, ce qui pèse sur le contribuable sans résultat tangible.
Acteurs clés
- Cour des comptes — Institution de contrôle
Critique l'inaction de l'État et formule quatre nouvelles recommandations - Eau et Rivières de Bretagne — Association environnementale
Salue certaines recommandations mais juge l'État trop lent - Préfecture de région Bretagne — Représentant de l'État
Estime que l'accumulation réglementaire est contre-productive et prévoit une révision
Chiffres clés
- Plus de 90 % — Part des nitrates issus de l'agriculture (Reporterre)
- 84 % — Surface des vasières dans les échouages (Reporterre)
- Supérieure à 33 mg/l — Concentration moyenne de nitrates dans les baies (Reporterre)
- 128,6 millions d'euros — Crédits des plans de lutte (2027) (Reporterre)
- De 42,70 € à 80,80 € — Dépenses publiques par hectare par an (évolution) (Reporterre)
Et ensuite ?
**Scénario tendanciel** : si l'État ne suit pas les recommandations, la pollution persistera, les contentieux se multiplieront et les plages resteront fermées. **Scénario de rupture** : si des plafonds de fertilisation sont imposés et le suivi renforcé, les échouages pourraient diminuer dans les baies les plus touchées d'ici 2030, mais cela nécessite une transformation de l'agriculture intensive.
Questions fréquentes
Pourquoi les algues vertes prolifèrent-elles en Bretagne ?
La prolifération est due aux nitrates issus à plus de 90 % de l'agriculture intensive (élevages porcins). Ces nitrates fertilisent les algues qui s'accumulent sur les plages et les vasières.
Quelles sont les nouvelles recommandations de la Cour des comptes ?
La Cour demande d'étendre les actions à toutes les zones touchées (y compris les vasières), d'imposer des plafonds de fertilisation dans le cadre de la directive nitrates, et de fixer des objectifs quantifiables de réduction de l'eutrophisation.
L'État a-t-il été condamné pour son inaction ?
Oui, en mars 2025, le tribunal administratif de Rennes a ordonné au préfet de prendre des mesures. En juin 2025, la justice a reconnu le lien entre les algues vertes et la mort d'un joggeur.
Sources
- *Environnement. Selon la Cour des comptes, l'Etat doit encore accélérer la lutte contre les algues vertes en Bretagne*Ouest-France
- *Algues vertes en Bretagne : la Cour des comptes fustige l'Etat*Infonature.media
- *Algues vertes : la Cour des Comptes critique encore et toujours les carences de l'État*Reporterre