Le ministre du Travail annonce une hausse du Smic pour augmenter les bas salaires.
Devant l'Assemblée nationale, le ministre du Travail **Jean-Pierre Farandou** a fixé au 5 novembre 2026 l'annonce d'arbitrages sur le **Smic**. Entre revalorisation automatique anticipée et sanctions contre les branches rémunérant sous le salaire minimum, l'exécutif tente de répondre à la pression syndicale.
L'analyse
📌 **FAITS**
Le mardi 3 novembre 2026, lors de la session des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé espérer faire des déclarations sur le Smic (Salaire minimum interprofessionnel de croissance) « autour du 5 novembre ». Ce calendrier coïncide directement avec une journée nationale de grève et de manifestations organisée par l'intersyndicale pour la hausse des rémunérations, à la suite de trois samedis de mobilisation contre la vie chère. L'exécutif envisage d'avancer la revalorisation automatique du Smic — normalement fixée au 1er janvier — dès le 1er décembre 2026, tout en étudiant l'attribution d'un « coup de pouce » complémentaire de 0,5 à 0,6 point (soit environ 20 euros nets par mois). Parallèlement, le gouvernement prépare un décret ciblant les branches professionnelles dont les grilles salariales comportent des échelons inférieurs au Smic, en réduisant leurs allègements de cotisations patronales.
En clair : Le gouvernement cherche à coupler une hausse légale du Smic avec un coup de pression financier sur les secteurs dont les bas salaires restent sous le minimum légal.
📍 **CONTEXTE**
Aujourd'hui, l'imbrication des revalorisations successives du Smic et des négociations de branche illustre l'effet dit de « tassement des grilles ». Le Smic a déjà fait l'objet d'augmentations régulières (notamment +2,41 % en juin 2025 et +1,18 % au 1er janvier 2026). Si ces augmentations automatiques protègent le pouvoir d'achat des moins bien rémunérés, elles rattrapent fréquemment les premiers échelons des conventions collectives. Résultat : des salariés dotés d'ancienneté ou de qualifications intermédiaires se retrouvent alignés sur le Smic, alimentant un sentiment de déclassement social. Selon la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), la proportion de salariés payés au Smic s'établissait à 11,8 % au 1er janvier 2026, en baisse par rapport aux 17,3 % enregistrés en 2023. Lors d'un entretien accordé le 28 octobre 2026 sur la chaîne HugoDécrypte, le président Emmanuel Macron avait déjà renvoyé la charge de la hausse globale des salaires au dialogue social dans les branches retardataires, écartant temporairement l'arbitrage direct sur le coup de pouce au Premier ministre Sébastien Lecornu.
À retenir : La hausse répétée du Smic sans ajustement parallèle des grilles sectorielles transforme une mesure de protection de bas salaires en un plafond pour toute une frange d'employés.
👥 **ACTEURS**
Le gouvernement, représenté par Jean-Pierre Farandou, défend la recherche d'un « logiciel » négocié pour « réenclencher la dynamique salariale » sans compromettre l'emploi ni la santé financière des entreprises. Côté syndical, les revendications dépassent nettement la mécanique légale : la CFDT réclame une hausse forfaitaire de 100 euros net, la CGT et FO exigent au moins 150 euros net (+7 % à +10 %) ainsi que l'indexation générale des salaires sur les prix, tandis que la CFTC préconise une revalorisation de +1,6 % à +2 %. Côté patronal, la réaction est vive : le MEDEF et les organisations d'employeurs s'inquiètent d'une hausse cumulée du Smic supérieure à 5 % sur un an et contestent fermement la constitutionnalité du projet de décret pénalisant les allègements de cotisations dans les branches sous le Smic.
En clair : L'État veut forcer la main des négociateurs patronaux, mais le patronat dénonce des sanctions juridiquement contestables au moment où l'économie ralentit.
📊 **ENJEUX**
Le choix entre une simple application anticipée de la formule légale (estimée entre 0,8 % et 1 % au titre de l'inflation) et un coup de pouce politique (0,5 à 0,6 point de plus) comporte des retombées directes pour les ménages comme pour les entreprises. Pour un salarié à temps plein au Smic net mensuel actuel (1 478 euros), un coup de pouce porterait la fiche de paie aux alentours de 1 498 euros dès le mois de décembre. Pour les finances publiques, imposer la remise à niveau des grilles sectorielles sous peine d'érosion des allègements généraux (dispositifs d'exonérations Fillon) vise à inciter les patrons de branche à relever les salaires sans coût fiscal supplémentaire pour le budget de l'État. Mais l'analogie du système s'apparente à un « accordéon salarial » : chaque impulsion donnée au bas de la pyramide compresse les écarts avec les niveaux supérieurs si les entreprises ne révisent pas l'ensemble des coefficients.
À retenir : Le bras de fer porte moins sur la formule automatique d'inflation que sur la capacité de l'État à contraindre l'ensemble des grilles salariales privées.
🔮 **PERSPECTIVES**
Deux trajectoires se dessinent à court terme : le scénario tendanciel verrait l'exécutif se limiter à l'anticipation au 1er décembre 2026 de la hausse mécanique de 0,8 % à 1 %, couplée à la signature du décret sanctionnant les branches défaillantes. Les syndicats maintiendraient alors leur pression dans le cadre des NAO (Négociations annuelles obligatoires) d'entreprise. Dans un scénario de rupture, le Premier ministre intégrerait un coup de pouce net de 0,5 à 0,6 point pour désamorcer le conflit social du 5 novembre, au risque de déclencher un recours des organisations patronales devant le Conseil constitutionnel ou le Conseil d'État contre les pénalités sur les cotisations.
Contexte
Cette situation rappelle la gestion des hausses de bas salaires post-crise de 2022. Aujourd'hui, cela signifie que les hausses successives du Smic sans révision rapide des grilles sectorielles maintiennent durablement plus d'un salarié sur dix au niveau du salaire minimum.
Pourquoi c'est important
Cette décision touche directement les 11,8 % de salariés français rémunérés au niveau du Smic et détermine l'évolution des bas salaires dans le secteur privé. Le mécanisme retenu arbitre la répartition des gains de pouvoir d'achat face à l'inflation sans déstabiliser le coût du travail pour les entreprises.
Acteurs clés
- Jean-Pierre Farandou — Ministre du Travail et des Solidarités
Prône la réouverture du dialogue salarial et une possible anticipation au 1er décembre. - Emmanuel Macron — Président de la République
Renvoie la priorité aux négociations dans les branches professionnelles défaillantes. - Sébastien Lecornu — Premier ministre
Arbitre final sur la décision d'un coup de pouce salarial direct de l'État.
Chiffres clés
- 11,8 % — Part de salariés au Smic (2026) (Dares)
- 0,8 % à 1 % — Estimation hausse automatique (Ministère du Travail)
- +20 € / mois — Coup de pouce à l'étude (Les Échos)
Et ensuite
Dans le scénario tendanciel, le Smic sera revalorisé au 1er décembre 2026 de 0,8 % à 1 %, portant le salaire net à près de 1 490 euros sans coup de pouce majeur. Dans le scénario de rupture, un coup de pouce gouvernemental d'un demi-point propulserait le Smic net à 1 498 euros, accélérant les renégociations forcées dans plus de 60 branches professionnelles sous peine de pénalités financières.
Questions fréquentes
Quelle est la date fixée par le gouvernement pour les annonces sur le Smic ?
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué espérer présenter les arbitrages du gouvernement « autour du 5 novembre 2026 », jour d'une mobilisation intersyndicale nationale.
Quel est le montant du coup de pouce au Smic actuellement étudié ?
L'exécutif étudie une hausse supplémentaire de 0,5 % à 0,6 %, qui viendrait s'ajouter à la revalorisation automatique de 0,8 % à 1 %, représentant environ 20 euros nets supplémentaires par mois.
Combien de branches professionnelles rémunèrent sous le Smic ?
Selon le ministère du Travail, 69 branches professionnelles affichent des minima conventionnels inférieurs au Smic, tandis que les organisations syndicales comme la CGT en dénombrent 122.
Sources
- "*Coup de pouce ou pas? Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou "espere" pouvoir faire des annonces sur le Smic "autour du 5 novembre"*" (nouvelle fenêtre)BFMTV
- "*Salaires : Jean-Pierre Farandou «espère» pouvoir faire des annonces «autour du 5 novembre»*" (nouvelle fenêtre)Europe 1
- "*Salaires : Emmanuel Macron exhorte les branches qui rémunèrent sous le Smic à négocier*" (nouvelle fenêtre)Le Figaro
- Audition de Jean-Pierre Farandou, ministre du travail (nouvelle fenêtre)Sénat
- 🔴 Audition de Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités sur sa feuille de route (nouvelle fenêtre)Assemblée nationale
- 🔴 Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, sur l’égalité professionnelle. (nouvelle fenêtre)Assemblée nationale
- Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, est auditionné sur sa feuille de route (nouvelle fenêtre)LCP - Assemblée nationale
- Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, réagit au travail le 1er mai (nouvelle fenêtre)CNEWS
- Question à Monsieur le ministre Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. (nouvelle fenêtre)Emmanuel MANDON Député de la Loire
- Budget, Smic, Brandt... L'interview en intégralité de Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail (nouvelle fenêtre)BFMTV
- Chômage, fraude sociale...L'interview du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou en intégralité (nouvelle fenêtre)BFMTV